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Entre deux cours, des étudiants de l’université de Yaoundé I troquent les amphithéâtres contre des étals improvisés. Vente de beignets, crédits téléphoniques ou friperie : ici, la débrouillardise s’impose comme une condition de survie.
Des étals entre deux cours. Il est 11 heures au campus de Ngoa-Ekellé. Jean Bernard, étudiant en deuxième année de sociologie, aligne soigneusement des vêtements à vendre, non loin de l’entrée principale. À quelques mètres, Serge propose des chargeurs de téléphone et des écouteurs. « Les cours finissent tôt aujourd’hui, donc j’en profite pour vendre », affirme-t-il, les yeux rivés sur les passants. Sur ce campus grouillant de vie, le petit commerce s’invite à certains coins stratégiques : à l’entrée Cité U, à proximité des restaurants universitaires. Une économie parallèle, discrète mais bien ancrée.
La débrouillardise comme quotidien
Pour beaucoup, ces activités ne relèvent pas d’un choix, mais d’une nécessité. « Mes parents ne peuvent pas tout payer. Avec ça, je gère mon transport et mes photocopies », confie Carine. Comme elle, de nombreux étudiants jonglent entre études et petits commerces pour subvenir à leurs besoins essentiels. Certains misent sur la restauration rapide beignets, haricots, bouillie tandis que d’autres se tournent vers des produits plus demandés comme les unités téléphoniques ou les vêtements d’occasion. « Je fais parfois 5 000 francs par jour, mais il y a aussi des jours difficiles », explique Serge.
Entre fatigue et détermination
Cette double vie n’est pas sans conséquences. Entre révisions et activités commerciales, la fatigue s’accumule. « Je me lève à 5 heures pour préparer mes beignets avant les cours. Ce n’est pas facile, mais je n’ai pas le choix », raconte Mireille, étudiante en droit. Malgré tout, ces jeunes affichent une détermination sans faille. Pour eux, le petit commerce est aussi une école de la vie, où s’apprennent autonomie et gestion.
Des regards partagés
Du côté des étudiants non commerçants, les avis divergent. « Ça aide beaucoup, mais parfois ça perturbe l’environnement académique », estime Alain, inscrit en licence géographie. Les vendeurs, eux, revendiquent leur place. « On ne vole pas, on travaille. C’est notre manière de tenir », lance Serge, en tendant un chargeur à un client.
Au cœur de l’université de Yaoundé I, ces micro-activités dessinent ainsi le portrait d’une jeunesse qui refuse de subir, transformant chaque recoin du campus en opportunité.
